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uelques extraits de biographies réalisées


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Pain noir, pain blanc ou les mémoires d’un boulangerPain noir, pain blanc ou les mémoires d’un boulanger

Un beau matin, je suis venu voir mes parents en leur annonçant: Je pars pour la capitale. Et terminé c’était sans réplique! Ils ont accusé le coup. Mon père avait quand même l’esprit assez large pour comprendre que c’était peut-être ma seule chance de m’en sortir. Le lendemain, je prenais le train. J’avais six-sept ans et cent francs en poche. j’ai débarqué à la gare Montparnasse comme un oiseau sortant de sa cage! C’était un peu de la folie, je ne connaissais rien, n’avais jamais pris le métro de ma vie. Il faut avoir cet âge là pour oser. Je me suis demandé dans quelle direction aller et, presque instinctivement, me suis dirigé vers la tour Eiffel...
Catherine R. « Un trou dans les origines »Catherine R. « Un trou dans les origines »

Adolescente, je disais souvent que je ne venais de nulle part, car je ne parvenais pas à trouver d’ancrage dans mon histoire familiale. je suis née d’une mère Pied-noire d’Algérie mais protestante, ce qui n’est pas vraiment caractéristique des pieds-noirs, loin de l’image d’Epinal, et d’un père juif d’Europe de l’Est, rebaptisé catholique et prié très tôt d’oublier, voire de renier complètement ses origines. Ma mère a vécu en Afrique du Nord jusqu’à ses dix-huit ans. Elle est venue ensuite à Paris pour y faire ses études, et était déjà en France à la fin des événements d’Algérie...
....Si je connais très bien l’histoire de ma famille maternelle, je ne peux pas en dire autant de celle de mon père. Là c’est carrément le néant, rien n’a été transmis. Guerre oblige, ils ont voulu effacer leurs racines, se couper de leur judaïcité. Il n’y a d’ailleurs, et sans doute grâce à cela, pas eu de déportation chez nous.
Je sais que mon père a été caché en Suisse, chez les tantes de sa mère, où cette dernière avait d’ailleurs été élevée. Elles y avaient tenu une pension pour jeunes filles juives de bonne famille. Quand il est arrivé là-bas, on lui a dit: «tu oublieras jusqu’à ton nom, tu effaces tout». C’est une injonction qui s’est ancrée en lui, et dont j’ai héritée: il n’a par exemple aucune mémoire et chez moi, le passé, très vite, se gomme aussi.
Je sais encore que ma grand-mère était polonaise, mais c’est tout. Tout cela est plein de trous...
.... Ce sont sans doute tous ces blancs qui m’ont fait dire très tôt que je ne savais pas d’où je venais. ce sentiment est vraiment né de ce qui m’a été transmis: on n’a pas de terre. On n’a pas de mémoire.
Lili « Plongée dans le bonheur »

Ca s’est fait enfin entre nous, et ça a été un raz de marée! Il s’est produit comme un déclic pour moi j’ai découvert le bonheur de se réveiller chaque jour en étant si joyeux de la présence de l’autre, de voir en plus que c’est réciproque, qu’il n’y a pas de non-dits nous étions d’une certaine façon des rescapés.
Je n’avais encore jamais rencontré un être aussi sensible. Il avait souffert dans son enfance de la violence de son père qui l’avait beaucoup dévalorisé. Il comprenait donc ma problématique, et même s’il ne saisissait pas tout, ça l’a toujours intéressé. Il me disait: «Il faut que tu me racontes quand tu fais tes crises, comment ça se passe dans ta tête, comment tu t’organises. Je suis prêt à y assister si cela est nécessaire. Cela ne me fait pas peur». Il allait loin et cela me bouleversait. Alors au début, je ne lui en parlais pas toujours, mais il savait. Peu à peu les crises de boulimie se sont espacées jusqu’au moment où je n’ai plus eu envie d’en faire...
.....Je me suis guérie avec lui. C’est vrai que cet homme, j’ai su l’aimer, et je suis très fière de nous, ce qu’on se dit d’ailleurs souvent ! Notre truc, c’est de sortir régulièrement au restau, de nous offrir de bons petits plats, et de passer la soirée à parler. Manière des plus douces de célébrer et entretenir notre amour.

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